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Chanter quand Rome brûle - 31080801.jpg
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Chaque vendredi, la rédac' de Nice-Matin Antibes se lâche. Et refait les sept derniers jours d'un œil neuf et aiguisé. Avec l'actualité locale comme terrain de jeu, nos journalistes se livrent à un exercice volontairement subjectif. Un "(dé)bloc-notes" pour que rien ne puisse vous échapper…

15 novembre: comme dirait Brassens…

Elle est choquée, la dame. Elle le dit. Elle l'écrit. Avec des mots tout vibrant d'indignation. Sa vindicte vise Daniel Benoin, directeur du théâtre Anthéa, qui a décidé de maintenir la représentation de La Colère du Tigre samedi soir - au lendemain des attentats de Paris. «Le monde entier nous fait part de sa tristesse et de sa désolation, soupire-t-elle. Et vous, vous pensez qu'il est de bon ton de venir s'esclaffer, rire, applaudir à quelques heures seulement de ce drame!»

Le patron de la salle de spectacle avait répondu par anticipation, dans un courriel adressé aux abonnés: «Les abominables événements [...] nous ont tous bouleversés. Cependant, nous ne devons céder ni à la peur, ni à la forme de chantage que cela représente.»

Toujours le même dilemme, toujours la même question: est-il indécent de rire ou de s'émouvoir devant les feux de la rampe lorsque l'humanité agonise?

L'Histoire nous apprend que, dans les heures les plus sombres, se distraire est un réflexe de survie. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les dancings ne désemplissaient pas. Tout comme les cinémas, les music-halls. Les comédies n'ont jamais autant de succès que pendant les crises.

Il n'y a rien d'indécent à cela.

On n'arrête pas de vivre, de boire, de manger, d'aimer parce qu'une tragédie se noue à nos portes.

Georges Brassens, avec son art de l'ellipse, avait merveilleusement résumé cela. «Qui ose chanter pendant que Rome brûle?» questionnait-il. Avant de répondre, résigné et réaliste: «Elle brûle tout le temps…»

17 novembre: surtout pas de journalistes!

Au départ, il y a une belle initiative. L'une de celles qui - sans jeu de mot - mériteraient de faire école. Lundi matin, les chefs d'établissements ont été priés d'organiser une séance de «décryptage» des attentats pour leurs élèves.

Ils s'y sont pliés de bonne grâce, mobilisant leurs équipes pour donner un sens pédagogique à cet acte de pure barbarie.

Oui, mais voilà: le Rectorat, relayant une instruction ministérielle, a précisé que «la presse ne serait pas admise dans les écoles».

Pourquoi?

Parce que! C'est comme ça.

Circulez, y'a rien à voir…

On peut imaginer que les décideurs, rue de Grenelle, n'ont songé qu'à garantir la «sérénité» des échanges entre les adolescents et les enseignants.

On peut aussi imaginer qu'ils redoutaient des dérapages, comme ceux qui ont marqué les cérémonies de l'après-Charlie : des gloussements pendant la minute de silence, des remarques déplacées sur les victimes…

On peut même imaginer une volonté de cacher la réalité pour des raisons plus ou moins avouables.

On peut tout imaginer.

Et c'est bien ça, le problème !

Qu'au sommet de l'État, des ronds de cuir, soucieux de ne pas faire de vague, n'aient pas encore compris que la rumeur fait toujours plus de dégâts que la vérité.

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Vos derniers commentaires
23/11/2015 à 17h32

Merci pour cette précision rsf

21/11/2015 à 15h14

Honte à qui peut chanter pendant que Rome brûle. J'adore Brassens, mais c'est du Lamartine et il aurait aimé que l'on rende à César...

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