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INTERVIEW. Antonia de Rendinger : "J'ai le sentiment d'être à contre-courant"

Mis à jour le 02/05/2019 à 18:37 Publié le 16/05/2019 à 18:36
"Je suis très ancrée dans mon quotidien de mère de famille provinciale"

"Je suis très ancrée dans mon quotidien de mère de famille provinciale" (Photo Paolo Guigou)

INTERVIEW. Antonia de Rendinger : "J'ai le sentiment d'être à contre-courant"

Dans son troisième spectacle, Moi Jeu, l’Alsacienne virevolte entre des personnages plus excentriques et hilarants les uns que les autres. Le public toulonnais pourra juger sur pièce, le 17 mai.

Elle a pris son temps, puis elle a fini par y arriver. Désormais quadra, Antonia de Rendinger est l’un des nouveaux visages du paysage humoristique français.
Pas vraiment portée sur le stand-up, pas à l’aise dans une posture de « sniper ».
Pas vraiment revendicatrice ou crue non plus, elle a su trouver son propre créneau, à rebours des modes. Son truc, c’est de se glisser dans la peau des autres, de donner corps à une prof d’éducation sexuelle hors d’âge ou de rendre désopilante une séance d’épilation.
Au départ, pourtant, la native de Schiltigheim, avait emprunté une autre voie, plus sage, allant même jusqu’à obtenir deux maîtrises en ethnologie et lettres modernes ainsi qu’un DEA de sociologie. Puis, un jour, elle a découvert l’improvisation théâtrale.
Une révélation et la matière première de ce qu’elle propose aujourd’hui sur scène.
Branchée sur 100 000 volts, l’humoriste issue d’une vieille famille alsacienne (qui aurait importé le houblon en Alsace), pétille comme une chope de blonde à savourer sans modération. Entretien.

Votre spectacle s’est construit sur des sessions d’improvisation que vous avez filmées et retravaillées par la suite. Le faites-vous encore évoluer?
Dans le spectacle vivant, on travaille avec une matière qui n’est jamais fixée ou gravée dans le marbre. à dose homéopathique, les petits rebonds de l’actu peuvent m’intéresser.
J’intègre aussi les petits accidents, mais je joue très peu avec le public. Je ne malmène pas les gens, il n’y a rien à craindre quand on se met au premier rang. Ce n’est pas du tout mon école.

Comment la définiriez-vous cette école?
Le spectacle est très écrit, la mise en scène est importante. J’aime pouvoir garder une trame. Comme spectatrice, je peux me régaler en allant voir du stand-up, mais en tant que comédienne, ça ne me tente pas du tout. Je suis plus légitime dans le comique de situation.

Vous allez à l’inverse de la tendance actuelle, non?
Oui, j’ai le sentiment d’être à contre-courant. La grande tendance du moment, c’est le stand-up, bien sûr. Moi, je ne suis pas du tout dans cette veine-là. Mes inspirations, ce sont des gens comme Jacqueline Maillan, Philippe Caubère, Sylvie Joly ou Julie Ferrier. Le texte et l’incarnation du personnage sont primordiaux. Ce n’est jamais moi qui parle sur scène.

Qu’est-ce qui vous plaît dans ce registre?
Je peux complètement sortir les gens de leur quotidien. Bon, attention, je n’ai pas non plus inventé la poudre. Mais mon expérience de l’impro me pousse à me demander comment je peux trouver un biais original pour évoquer un sujet qui touche tout le monde.

Sur scène, vous êtes constamment dans l’énergie et le mouvement…
Oui, complètement. Je me donne à fond pendant presque deux heures. Il y a onze sketchs, vingt-quatre personnages. On a une impression de foisonnement parce que je passe souvent d’une figure à l’autre. Il y a trois ou quatre passages où je déploie encore plus d’énergie. Quand je sors de scène, il me faut trois ou quatre heures pour atterrir. J’ai tellement d’adrénaline que j’ai du mal à dormir.

Hormis dans ces moments, comment évoluez-vous dans le monde « réel »?
Là, en même temps que je vous parle, je suis en train d’enlever le calcaire de mon fer à repasser. Je suis très ancrée dans mon quotidien de mère de famille provinciale. C’est une question d’éducation. Je viens d’une famille très laborieuse, dans laquelle on a toujours entendu que la réussite arrivait par le travail.

Vous avez d’autres activités en dehors du spectacle?
Quand vous regardez Arte, vous ne le savez pas, mais vous m’entendez souvent, dans les émissions Court-Circuit ou Xenius. Je fais deux ou trois sessions de doublage par semaine. Sinon, j’interviens en entreprises et je travaille souvent avec le tissu associatif, notamment médical. On évoque les questions de burn-out, de violence à l’hôpital.
J’ai envie de toucher à plein de choses. Et aussi de garder une poire pour la soif, car on ne sait pas de quoi demain sera fait.

Quel regard portez-vous sur votre carrière ?
Je me rends compte que j’ai un joli parcours. J’ai fait de belles rencontres qui ont fini par accélérer les choses. Après, je suis totalement lucide : si j’avais choisi de vivre à Paris, ma carrière aurait décollé beaucoup plus vite. Je serais peut-être plus haut dans mon échelle de progression. Après, quand je me retrouve à Marrakech du rire ou au Festival de Montreux et que je vois qui se trouve sur la photo de famille, je me dis : “Waouh”. C’est très gratifiant de se retrouver dans ce paysage.

Il paraît que quand vous avez le trac, vous forcez sur le maquillage…
Ce n’est pas forcément pour me rassurer, c’est un rituel. De toute façon, sur scène, j’enfile les masques des personnages. Je me protège du regard des autres avec quelque chose de très exagéré dans les gestes et la voix. C’est presque clownesque.

Aimeriez-vous avoir d’autres « terrains de jeu » ?
Bien sûr. J’ai joué dans l’adaptation théâtrale de Trois hommes et un couffin, sous la houlette de Coline Serreau. J’ai envie de cinéma aussi. Sauf qu’on ne me propose que des petits rôles de femme coincée ou d’aristo super désagréable. Je voudrais sortir un peu de ce cliché.

Comment faire alors ?
Je commence à peine à écrire un scénario pour le cinéma. L’envie est là depuis très longtemps. Je crois que je prends plein de chemins détournés pour arriver à être actrice. Quand j’étais enfant, je rêvais devant Sissi impératrice, je ne voulais pas être comique.

L’une de vos idoles est Jim Carrey…
Il me fait délirer, il est à mourir de rire. Il peut absolument tout jouer, il a la névrose suffisante pour faire n’importe quoi et toujours être brillant. J’aime ces gens qui se sont donnés comme mission d’être tout le temps au maximum d’eux-mêmes.

Notre région vous inspire quelque chose de particulier ?
Je ne joue pas beaucoup dans le Sud. J’ai l’impression qu’il y a une culture de la comédie de boulevard qui occulte un peu le seul en scène. Je n’ai jamais réussi à avoir une date à Marseille, par exemple. Donc pour moi, le Sud, c’est surtout Avignon.
Tous ceux qui sont de la région et qui ne peuvent pas venir me voir le reste de l’année peuvent se rattraper là-bas ! J’y serai du 5 au 16 juillet, au Paris, aux alentours de 19 h.
J’ai vraiment hâte de jouer à Toulon. Pascal Lelli, qui m’accueille au Colbert, est un gars super. Mon régisseur, Yvan Bonnin, est Toulonnais. Et mon metteur en scène, Olivier Sitruk, est de Draguignan.

à partir de 1 €


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