Publié le  - 11
Réagir Imprimer Envoyer Partager Partager sur facebook Partager sur Twitter Partager sur Google+ Partager sur Linkedin
share-logo
Dounia Bouzar
Dounia BouzarDR
Partager

Dounia Bouzar, anthropologue, a lancé en février 2014 le Centre de prévention des dérives sectaires liées à l'islam (CPDSI), premier du genre en France. Depuis, 500 familles y ont fait appel pour tenter de "désembrigader" leur enfant, avant qu'il ne parte en Syrie ou tout juste de retour.

 

Cinquante "sauvés"

Avec son équipe, l’ancienne éducatrice à la Protection judiciaire de la jeunesse estime avoir "sauvé" 50 jeunes. Même si la vie après Daech est très difficile.

"Le pire c'est la perte de confiance en eux, estime Dounia Bouzar. Ils se disent: 'Comment j'ai pu croire à ça'... C'est un long chemin. Ils ne reviendront jamais à l'état d'avant."

Sa méthode, expérimentée par le CPDSI et expliquée dans son livre Comment sortir de l'emprise djihadiste? (Edition L’Atelier, 2015), se déroule en trois phases.

D’abord, "la madeleine de Proust" qui s’attache à recréer la filiation avec la famille en s’appuyant sur les souvenirs, le regard, le toucher. Le rôle des parents est fondamental.

Ce sont eux qui, progressivement, de la manière la plus naturelle possible, devront refaire avec l’enfant des gestes, des activités, des promenades qu’ils faisaient avec lui avant son embrigadement. L’idée: miser sur le sentiment et surtout pas sur la raison.

"Dès lors qu'on utilise la raison ou le savoir pour aborder ce type de jeune, on est en échec", estime l’anthropologue.

Puis intervient la phase "témoignage" où d’anciens endoctrinés, repentis, racontent leur expérience, comme aux Alcooliques anonymes.

C’est là que les jeunes sont confrontés au monde réel et doivent comprendre, après plusieurs heures, qu’ils ont été bernés.

Enfin la phase périlleuse de "stabilisation", longue de plusieurs mois.

"Il faut avoir combattu la terreur"

Une des clés de la réussite de cette équipe réside peut-être aussi dans sa composition.

"Pas de bac +6", écrit Dounia Bouzar, ni de psychologue. Mais six personnes touchées de près ou de loin par l’emprise de Daech. "Pour travailler contre l’embrigadement, il faut savoir marcher sans trembler. Pour ça, il faut avoir quelqu’un de sa famille qui a été touché. Il faut déjà avoir combattu la terreur", écrit-elle.

"Moi aussi j’ai connu la terreur [maltraitée par un mari violent, ndlr], avait-elle confié à Paris Match. [Les jeunes] me voient comme une femme très forte, alors que moi aussi j’ai été par terre, j’ai cru que je ne m’en sortirais jamais. Mais c’est aussi pour ça que je sais qu’on peut se relever, et que ça ne sert à rien de fuir. La force qu’ils voient en moi, ils l’auront".

Néanmoins, Dounia Bouzar reconnaît que sa méthode a des limites.

Elle "fonctionne surtout pour des jeunes qui ne connaissent pas la réalité de Daech et à qui les rabatteurs français ont fait miroiter des faux mythes", avait-elle expliqué à l’agence de presse britannique Reuters.

Son succès dépend aussi de l'existence d’une famille équilibrée autour du jeune, qui enclenchera le processus, à l’inverse de cas de délinquants ballottés dans leur enfance de foyer en foyer.

Et puis il y a les irrécupérables. Dans son dernier ouvrage, La Vie après Daech (Editions L’Atelier, 2015), elle l’avoue et en décrit quelques exemples, dénués de toute émotion, pour lesquels nul ne peut rien.

La méthode de Dounia Bouzar a ses détracteurs mais elle a néanmoins suffisamment fait ses preuves pour que le gouvernement missionne l’anthropologue pour rencontrer les cellules des préfectures chargées des cas de radicalisation.

Plus d’une trentaine l’ont déjà contactée. Début octobre, elle était à Nice, à l’appel du conseil départemental dans le cadre de la formation de ses agents. Elle nous avait alors confié sa certitude "qu’il y a des rabatteurs de Daech à Nice".


Cet article vous a interpellé? Mobilisez-vous avec Nice-Matin pour faire bouger les choses en vous pré-abonnant à notre nouvelle offre numérique sur http://fr.ulule.com/monjournal/

Le délai de 15 jours au-delà duquel il n'est plus possible de contribuer à l'article est désormais atteint.
Vous pouvez poursuivre votre discussion dans les forums de discussion du site. Si aucun débat ne correspond à votre discussion, vous pouvez solliciter le modérateur pour la création d'un nouveau forum : moderateur@nicematin.com

Vos derniers commentaires
30/11/2015 à 18h08

c un trans ça ..

30/11/2015 à 09h40

Dominique qu'elle s'appelle en vrai !

30/11/2015 à 09h27

Desembrigader ces gens,c'est comme essayer de transformer un pyrhanas en poisson rouge dans un aquarium!!!!!!

30/11/2015 à 08h20

@issanissa : trop facile de dire ça. C'est comme si on vous disait "attendez qu'un de vos gamins, cousins ou très proches pète un boulon, se radicalise, et on verra ce que vous direz du travail de cette dame qui fait ce qu'elle peut à son niveau pour tenter de sauver certains jeunes".

30/11/2015 à 06h30

au moin elle pourra dire que daesch est un bon fond de commerce.

29/11/2015 à 23h35

"Ils ne reviendront jamais à l'état d'avant" Pas très encourageant tout ça... A nos frais en plus !

29/11/2015 à 22h58

Je ne lui souhaite pas mais si un jour elle perd une personne chère dans un attentat à cause d une personne qu elle dit qu elle a sauvé j aimerais bien voir son discours. ..

29/11/2015 à 22h56

Et la marmotte mat le chocolat dans le papier d aluminium. ...

29/11/2015 à 22h42 | 1

J'ai beaucoup de mal à croire au "reset" C'est simplement du blabla Quand l'arbre a poussé de travers il ne se redresse pas...

29/11/2015 à 21h41

Merci madame. Votre méthode semble très intéressante. Bonne continuation.

29/11/2015 à 21h21 | 1

Pourquoi perde notre temps et notre argent ils veulent aller en Syrie qu'ils y aillent et qu ils y meurent tous on a pas besoin d eux ! Ne pas le empêcher ni les accueillir à leurs retours interdiction du territoire

29/11/2015 à 20h51 | 2

Cette femme formidable se bat depuis très longtemps C'est une femme énergique qui propose de vraies solutions même si les miracles n'existent pas il faut lui souhaiter beaucoup de courage Merci Madame !

Les dernières vidéos

La vidéo est momentanément indisponible, veuillez nous en excuser.


Le vote
La lutte contre le réchauffement climatique est-elle pour vous une priorité?
La lutte contre le réchauffement climatique est-elle pour vous une priorité?
  • Oui
    49%
  • Non
    51%

En naviguant sur notre site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer une navigation adaptée à vos centres d'intérêts et nous permettre de réaliser des statistiques de visites. En savoir plus sur notre politique de cookies.