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"À Marineland, les orques vivent l’enfer en captivité": ancien soigneur devenu militant, il livre un témoignage choquant

Mis à jour le 08/05/2019 à 11:42 Publié le 08/05/2019 à 12:00
John Hargrove était superviseur des soigneurs de Marineland. Repenti, devenu défenseur de la cause animale, il a témoigné dans le documentaire Blackfish.

John Hargrove était superviseur des soigneurs de Marineland. Repenti, devenu défenseur de la cause animale, il a témoigné dans le documentaire Blackfish. Photo Grégory Leclerc

"À Marineland, les orques vivent l’enfer en captivité": ancien soigneur devenu militant, il livre un témoignage choquant

Pour la première fois depuis qu’il a claqué la porte en 2012, John Hargrove, soigneur d’orques, devenu militant de la cause animale, est retourné mardi 7 mai dans le parc d’Antibes. Il témoigne.

"Je ne veux pas entendre leurs cris. Je ne peux pas." John Hargrove, 45 ans, avance dans le parc Marineland d’Antibes avec hésitation. Il a accepté d’y revenir - pour la première fois - sur les pas de l’association de défense des animaux "One Voice". En catimini. Il est ici persona non grata. John, yeux délicats, d’un bleu profond, semble ému.

Les cris dont il parle sont ceux des orques. Ces appels lui sont devenus déchirants, insupportables. John Hargrove a pourtant officié pendant quatorze ans en tant que dresseur dans le parc de San Diego en Californie, ainsi qu’au Marineland. À partir de 2001, à Antibes, comme superviseur, il formait les soigneurs et chapeautait les shows.

John est un repenti. Il a claqué la porte en 2012 et dénonce depuis inlassablement la captivité. Il a témoigné dans le documentaire "Blackfish" qui a créé une onde de choc mondiale. "Je croyais bien faire. Je pensais que faire connaître ces animaux au grand public était bien. Il n’en était rien."

L’association One Voice organisait mardi soir un rassemblement devant la mairie d’Antibes pour protester contre le traitement de l’orque Inouk au parc Marineland. En avril, One Voice a déposé une plainte pour "cruautés sur un animal" - la première contre Marineland - auprès du parquet de Grasse.

L’association - rapports de spécialistes à la clé - affirme que l’orque Inouk, âgée de 20 ans, "souffre le martyre à force de ronger les parois du bassin". Elle souffrirait de problèmes dentaires graves. Marineland se défend, invoque des fake news.

>> LIRE AUSSI. La plainte qui vise Marineland déclenche la polémique, le parc contre attaque et dénonce des "fake news"

Pour John Hargrove, tout droit arrivé des Etats-Unis, ce retour dans Marineland est une douleur. On le sent stressé, tendu. "Mais ça vaut le coup de se sentir mal, car je sais que c’est pour la bonne cause. J’ai tant de souvenirs horribles derrière ces murs. J’ai la responsabilité de dire ce que je sais. Les orques le méritent."

"Le show n’est que mensonges"

De quoi se souvient-il? "Que ces grands animaux, qui vivent dans les océans, se retrouvent dans des boîtes en béton, perclus quotidiennement de médicaments pour soigner leur dépression. Rien ne pourrait être plus éloigné de leur milieu naturel que ces bassins traités chimiquement. Que cette masse de chlore utilisée pour que l’eau soit claire et que le grand public puisse les observer." 

Selon lui, ce que montre Marineland n’est qu’une façade. "Notre rôle était de manipuler le public. Le show n’est que mensonges. Ce n’est pas la réalité. Les orques vivent l’enfer en captivité. Où que ce soit dans le monde, et sans exception, chaque orque capturée pour les besoins d’un parc est morte de maladie. Aucune n’est jamais morte de vieillesse. Ce fait devrait parler de lui-même."

Nous sommes soudain interrompus dans l’interview par les vigiles du parc, débarquant en voiturette. "Coupez votre caméra, arrêtez de filmer!" La tension monte. "Nous allons appeler la police. Donnez-nous vos images, effacez-les." Nous n’en faisons rien.

Puis nous sommes conduits, encadrés des vigiles et responsables, jusqu’à la direction. Une salariée reconnaît John Hargrove. C’est elle qui lui a trouvé son appartement quand il est venu travailler comme superviseur pour le parc.

Finalement, le ton redescend et nous sommes autorisés à rester.

"La base: les priver de nourriture"

John reprend le cours de son témoignage. Il se rappelle des méthodes d’entraînement. "La base, pour leur apprendre les shows, c’est la privation de nourriture. Marineland et Seaworld disent qu’ils peuvent choisir de participer ou non. C’est un mensonge. Les jours passant, les orques étaient affamées, elles devenaient donc plus dociles."

Muriel Anarl, présidente de One Voice, présente ce mardi, espère que Marineland relâchera les orques. "Nous travaillons avec l’équipe qui est en train de monter un sanctuaire pour ces orques. Inouk est en très mauvais état. C’est très préoccupant. Il a eu vingt ans en février, il est jeune. Dans la nature, l’espérance de vie c’est 60-80 ans. Sa nageoire s’est affaissée récemment ce qui est un signe de mauvaise santé ou de stress. Nous avons demandé des rapports à des spécialistes. Ils ont dit que, de toutes les orques qu’ils avaient vues, la mâchoire d’Inouk était celle en plus mauvais état et qu’il était en douleur permanente. Il est temps que Marineland se positionne comme l’a fait Sea World. Ces orques sont des êtres extrêmement évolués, extrêmement sensibles. Ils meurent d’ennui dans ces bassins. C’est d’une tristesse infinie."

Marineland conteste les accusations

Selon la direction du parc, Pascal Picot, directeur général, est actuellement en déplacement et injoignable.

En réponse à notre demande d’interview, Marineland nous a transmis un communiqué. Tout en convenant qu’aucun bassin n’équivaudra l’océan, Marineland explique qu’Inouk et sa famille évoluent dans "l’un des plus grands bassins d’orques au monde, un bassin de 65 mètres" équivalant à 11,21 fois sa longueur, selon le parc.

Marineland affirme que les animaux "bénéficient d’enrichissements environnementaux, de sessions d’apprentissage répondant à leurs besoins physiques et intellectuels, de moments de jeux (...) Tout cela leur est proposé sans aucune contrainte de participation. Les soigneurs proposent, les animaux disposent."

Selon Marineland, "il n’existe aucune preuve scientifique du fait que la captivité causerait une baisse du système immunitaire chez les animaux nés en structure zoologique. À ce jour, Inouk n’a aucun problème médical."

Concernant les problèmes dentaires d’Inouk, le parc affirme que le phénomène évoqué par One Voice est régulièrement observé en milieu naturel et recensé parmi les causes récurrentes de mortalité en mer.

"En effet, la dentition des orques est en quelque sorte leur "talon d’Achille". (...) Les dents d’Inouk ont été dévitalisées afin d’éviter la douleur que ses congénères sauvages subissent dans de pareils cas. Chaque séance de soins dentaires repose sur sa participation volontaire."

Marineland détaille les soins dentaires qui lui sont administrés: "Un lavage des dents deux fois par jour, un suivi quotidien des observations dentaires par les soigneurs, un suivi photographique une fois par mois, depuis maintenant plusieurs années ainsi qu’un suivi radiologique chaque année."


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