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PHOTOS. Alexandrine Brion, cette femme est l'unique éleveuse d'abeilles sur la Côte d'Azur

Mis à jour le 13/05/2019 à 17:13 Publié le 15/05/2019 à 18:00
C’est sur cette barrette contenant des cocons qu’Alexandrine Brion a déposé une larve de reine. Sa croissance est assurée par les abeilles nourricières.

C’est sur cette barrette contenant des cocons qu’Alexandrine Brion a déposé une larve de reine. Sa croissance est assurée par les abeilles nourricières. Photo Franz Chavaroche

PHOTOS. Alexandrine Brion, cette femme est l'unique éleveuse d'abeilles sur la Côte d'Azur

Ancienne dessinatrice-projeteuse, Alexandrine Brion s’est reconvertie, il y a plus de quinze ans, en éleveuse de reines d’abeilles. Elle est la seule dans les Alpes-Maritimes à exercer ce métier, avec son mari. Un travail difficile et exigeant, mais dans lequel elle ne s’ennuie jamais.

Aux portes du Mercantour, le village de La Bollène-Vésubie domine la vallée. Les randonneurs connaissent bien ce coin du haut pays niçois. Mais ce qu’ils ignorent, c’est qu’il héberge l’unique éleveuse de reines d’abeilles du département.

Après avoir vécu dix ans dans le Var, à Puget-Ville, c’est ici qu’Alexandrine et Thierry Brion ont installé leurs ruches, en 2010. Elle était dessinatrice-projeteuse et réalisait toutes sortes d’esquisses "de la pièce automobile à la coque de bateau" du côté de Poitiers, puis près de Toulon. Lui était maçon. Leurs chemins se sont croisés par hasard, grâce à une amie commune, et depuis, ils ne se sont plus quittés.

Alexandrine aimait son métier, "je n’aurais jamais pensé faire autre chose." Sauf qu’au décès de son papa en 2003, cette fille et petite-fille d’apiculteurs change de cap. Piquée par le virus des abeilles sûrement.

Elle se reconvertit officiellement en 2005 et obtient son diplôme de responsable d’exploitation apicole à Hyères. "Mais cette formation n’est pas spécifique à l’élevage des reines", glisse-t-elle.

Alors elle effectue un stage de six mois pour en apprendre davantage auprès des professionnels. Car ce qu’elle veut, c’est élever des reines, pas seulement produire du miel. "Pour ma part, c’est assez monotone d’en fabriquer et je me connais, il me faut un métier qui ne soit pas routinier, sinon je m’ennuie", reconnait-elle, sourire aux lèvres.

Illustration
Illustration Photo Franz Chavaroche

Un travail de fourmi

C’est ici, à 700 mètres d’altitude qu’elle élève ses reines depuis neuf ans. Un travail d’ouvrière essentiel quand on sait qu’un tiers de l’alimentation mondiale dépend de la pollinisation.

Sans abeilles, pas d’arbres fruitiers. "Deux fois par semaine, j’effectue un greffage. Je prends un petit pinceau, je prélève la larve et je la mets dans des futurs cocons, appelés cellules royales. Ces cellules, installées sur une barrette, sont glissées dans une ruche. Après cinq ou six jours, les abeilles étirent la cellule et la ferment à la cire et ensuite on place la barrette dans une couveuse", explique Alexandrine.

La reproduction de reines suit un calendrier très précis. "Il faut compter seize jours", souligne Alexandrine. Du sixième au quinzième jour après sa naissance, la reine effectue un ou plusieurs vols de repérage, puis vient l’accouplement.

Un monde fascinant

"Il faut savoir que la femelle se fait féconder par une bonne quinzaine de mâles à la suite. Après le vol nuptial, elle revient à la ruche en portant parfois à l’extrémité de son abdomen, les organes génitaux du faux-bourdon comme on l’appelle. Les mâles meurent après la copulation. Ils s’accrochent à la femelle pendant l’acte et en partant, ils s’éviscèrent. Les spermatozoïdes se logent alors dans la spermathèque de la reine. Cette réserve assurera la fécondation des ovules pendant toute sa vie", explique l’apicultrice. Et de conclure dans un grand éclat de rire: "C’est cruel, la nature!"

Ensuite, deux ou trois années de labeur attendent la reine. Elle pond entre 50.000 et 80.000 œufs par saison. "Mais au bout d’un moment, elle pond moins et elle est rejetée par les abeilles, donc il vaut mieux la changer avant. Sinon, c’est la colonie s’affaiblit et elle produit moins."

Sans ce travail, de nombreux apiculteurs auraient des ruches moins performantes, et des productions moins importantes, très probablement.

L’éleveuse donne ainsi naissance à un millier de reines par saison. Rigoureusement choisies, elles seront vendues aux apiculteurs de la région. "Je les envoie par La Poste dans une petite boîte en plastique avec du “candi”, une sorte de pâte à sucre. Les abeilles vont progressivement manger le sucre, et ainsi libérer la jeune reine."

Il faut savoir que l’abeille passe par tous les stades. "Contrairement à la fourmi, elle évolue. Elle passe de nettoyeuse à nourricière, puis de cirière à ventileuse, gardienne et enfin butineuse", explique Alexandrine. C’est cette butineuse qui fait constamment l’aller-retour entre les fleurs et la colonie pour rapporter du nectar, du pollen et de la propolis dans un rayon de trois kilomètres autour de sa ruche.

Illustration
Illustration Photo Franz Chavaroche

Une espèce en danger

Depuis quelques années, la population d’abeilles subit une forte diminution. "J’avais 5% de mortalité quand je me suis installée, j’en suis à 15-20% certaines années", reconnaît Alexandrine. Le dérèglement climatique, les parasites, les pesticides seraient la cause de cette baisse – bien que le département soit relativement préservé – mais c’est surtout le frelon asiatique qui est fatal. Ce prédateur affaiblit les colonies à l’automne. Cette mortalité est très préoccupante en raison de l’importance écologique de l’abeille en tant que pollinisatrice.

Un engagement de tous

Heureusement, certaines municipalités et particuliers se mobilisent pour accueillir des ruches. "La mairie de Menton dédie des terrains à nos ruches, et certains habitants que l’on rencontre sur les marchés nous donnent leur accord pour que l’on installe des colonies chez eux. Mais nous cherchons constamment des emplacements."

Les abeilles ont besoin d’une certaine température pour se reproduire donc Alexandrine et son mari effectuent la transhumance des ruches. En mai, elles remontent dans la Vésubie pour échapper au frelon et en décembre, elles profitent de la douceur du littoral pour un redémarrage précoce des ruches.

Très engagée, notamment auprès de la Chambre d’agriculture et de la MSA (Mutuelle sociale agricole), Alexandrine surveille ses ruches comme une nourricière. "Je suis la seule du département à faire cela, c’est un métier fatigant. On ne gagne pas beaucoup, mon mari s’est abîmé le dos, mais je ne me vois pas exercer un autre métier, c’est passionnant."


Savoir+
Rens. 06.08.07.58.06.

 

Photo Franz Chavaroche

"Je veux que le miel reste accessible"

Photo Franz Chavaroche

Depuis quelques années, le prix du miel s’envole, compte tenu des stocks qui diminuent. Mais Alexandrine souhaite que chaque famille puisse avoir accès à du bon miel. "Je ne veux pas que ce soit un produit de luxe, il faut qu’il reste accessible." Mais ce n’est pas toujours simple de choisir un bon produit. "Déjà, il vaut mieux privilégier un miel bio ou artisanal."

Deuxième indice pour choisir un bon miel, préférer un produit réalisé à partir de plantes locales. "Dans la région, il vaut mieux se tourner vers le miel de romarin, de thym, de montagne, de châtaignier ou de lavande."

Alexandrine Brion ne produit qu’une tonne et demie de miel par an. C’est son mari, Thierry, qui s’occupe de le vendre sur les marchés. Elle préfère rester au milieu de ses colonies. L’éleveuse espère pouvoir engager un saisonnier pour poursuivre ce travail de fourmi, et ainsi préserver les ruches familiales.

Son parcours

2003
Alexandrine Brion récupère les ruches familiales, à la suite du décès de son père.

2005
Formation responsable d’exploitation apicole à Hyères.

2010
Installation à La Bollène-Vésubie avec plus de deux cents ruches.

MAG NOUS - ELEVAGE DE REINES D'ABEILLES - ALANDRINE BRION
MAG NOUS - ELEVAGE DE REINES D'ABEILLES - ALANDRINE BRION Photo Franz Chavaroche

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